Le Grand Tour !

dimanche @ 2:30 pm

Montréal, QC, Canada

Série montréalaise: 1er concert
Pentaèdre et le quintette Azahar d'Espagne

Gig Details

Admission:
32$ régulier / 27$ aîné / 12$ étudiant

Venue Details

Address
Salle de concert du Conservatoire
4750 avenue Henri-Julien
Montréal, QC H2T 2C8
Canada

Pour commencer sa saison avec faste, Pentaèdre est heureux de recevoir à nouveau le formidable quintette espagnol Azahar, ensemble qui se distingue sur la scène européenne depuis quelques années. Lors de ce grand concert au répertoire brillant et varié, les deux quintettes interprèteront chacun des œuvres de leur répertoire respectif avant de joindre leurs forces pour donner vie à une brillante transcription de l’ouverture de l’opéra Luisa Miller de Verdi et pour créer une œuvre du corniste et compositeur acadien, Simon Bourget.

De gauche à droite :
Crédit photo: Christina Membrive

Giuseppe Verdi (1813-1901) : Louisa Miller, ouverture (version pour double quintette par M. Mangani)
Ludwig van Beethoven (1770-1827) Quintette en mi bémol majeur, op. 4 (arrangement pour vents de M. Rechtman)
Guilio Briccialdi (1818-1881): Quintuor op. 124
Frederic Sánchez Muñoz (1987): Azahar (création nord-américaine)
Joaquín Turina Pérez (1882-1949): Mujeres Espanolas, série 2, op. 73
Miguel del Águila (1957) : Quintette à vent no 2, op. 46
Simon Bourget (1987-) : Nocturnes, pour double quintette à vent (création)

Notes de programme
Quintette No. 2, Op. 46 (1994) – Miguel del Aguila (1957 – …)
Originaire de l’Uruguay, le prolifique compositeur Miguel del Aguila combine habilement drame, nostalgie sud-américaine et rythmes entraînants dans son langage musical à travers l’ensemble de son catalogue, qui comporte aujourd’hui plus de cent quinze œuvres. Del Aguila reçoit sa formation musicale au Conservatoire de San Francisco avant de traverser l’océan Atlantique pour parfaire ses études à la Hochschule für Musik de Vienne, où déjà quelques-unes de ses œuvres séduisent autant le grand public que la critique. Au fil des années, le jeune compositeur saura se démarquer et remportera de nombreuses distinctions, en plus d’être trois fois nommé aux Grammy.
Construit en quatre mouvements, son deuxième Quintette à vent Op. 46 sera créé à Santa Barbara par le Bach Camerata, avant de remporter le prix de la meilleure œuvre pour musique de chambre du Kennedy Center Friedheim. À travers celle-ci, del Aguila saisit l’essence hétérogène du quintette à vent, où les textures et les possibilités ne cessent de surprendre. L’œuvre débute par un singulier mélange de jeu instrumental et de chant de la part des interprètes lors duquel del Aguila nous présente une simple mélodie aux couleurs modales qui se transformera et évoluera tout au long du mouvement. In Heaven se veut quant à lui le pastiche d’une danse aux influences caribéennes où l’écriture du compositeur sort des sentiers battus et élargi une fois de plus les possibilités sonores de l’ensemble. Certainement l’une des pages les plus sombres du compositeur, Under the Earth nous plonge dans les profondeurs lugubres de la Terre. À travers ce voyage, le compositeur explore les registres graves des instruments de l’ensemble. Puis, une rapide danse nous transporte loin des terreurs de la Mort, vers un Moyen-Orient antique, où les limites instrumentales et physiques des cinq interprètes seront grandement mises à l’épreuve. Puis, dans un climax habilement construit, del Aguila fera ressurgir la mélodie présentée au tout début de l’œuvre au cor français, avant de conclure dans une finale époustouflante, laissant autant les auditeurs que les interprètes à bout de souffle.

Quintuor en ré majeur Op. 124 – Giulio Briccialdi (1818-1881)
L’un des interprètes les plus adulés du XIXe siècle – tous instruments confondus – tant par la critique que le public, le flûtiste italien Giulio Briccialdi deviendra rapidement un porte-étendard de sa génération, donnant une nouvelle voix à la flûte traversière. Il innovera d’ailleurs son fonctionnement en y ajoutant une clé, aujourd’hui appelée « la clé de Briccialdi ». Cet ajout permettant une virtuosité et une tessiture renouvelées à l’instrument, il en profitera pour composer et élargir le répertoire. Ses œuvres, principalement basées sur des airs d’opéras fameux agrémentés de variations tour à tour virtuoses et lyriques, jumelleront à merveille virtuosité et Bel canto italien.
Bien qu’une grande partie de ses compositions s’adressent exclusivement à la flûte traversière, Briccialdi n’hésitera pas à écrire aussi pour un type d’ensemble encore jeune à l’époque romantique, soit le quintette à vent. Tout comme le reste de son œuvre, son Quintuor en ré majeur s’inspire abondamment du style italien d’opéra et se divise en trois actes. Un Allegro marziale plutôt virtuose ouvre la pièce, avant de laisser place au mouvement lent central, un Andante à la métrique en 6/8 inspiré de la barcarole italienne, elle-même chantée à l’origine par les gondoliers vénitiens. L’Allegro, le dernier mouvement, construit en forme de rondo, est ponctué par quelques moments d’arrêts, rappelant les revirements de situations imprévisibles typiques des opéras italiens, avant de se conclure par une coda brillamment virtuose.

Luisa Miller, ouverture (1849) (arr. pour double quintette à vent) – Giuseppe Verdi (1813-1901)
Originaire de la région de Parme, Verdi poursuivra rapidement sa formation musicale à Milan, capitale du Bel canto. Le compositeur italien incarnera, avec l’écrivain français Victor Hugo, le summum des épanchements romantiques dans une Italie en pleine effervescence nationaliste. C’est à ce moment qu’il fréquentera assidûment la Scala, non sans en être grandement influencé par la suite – en effet, âgé à peine de 35 ans, il s’inscrira rapidement comme un compositeur établi, avant même d’avoir écrit ses plus grands chefs d’œuvre lyriques. Aussi influent que Bellini, Rossini, Puccini et Donizetti dans le monde de l’Opéra, il en écrira vingt-huit au cours de sa longue carrière.
Les raisons de l’écriture de son opéra Luisa Miller demeureront décevantes : après l’échec de son précédent opéra en 1845, Alzira, Verdi sera contraint d’écrire un second opéra, comme le stipulera son contrat avec la Maison de théâtre San Carlo à Naples. Heureusement, peu de temps après naîtra la trilogie verdienne de la maturité, composée de Rigoletto, La Traviata et d’Il Trovatore. Trahison, vengeance, liaisons amoureuses secrètes, mensonges, meurtres et désespoir structurent l’histoire de ce quatorzième opéra de Verdi dont l’histoire se déroule dans un village tyrolien du XVIIe siècle. Inspiré par un livret de Salvatore Cammarano – tout comme les opéras Lucia di Lammermoor (Donizetti) et le susmentionné Il Trovatore –, ce drame lyrique marquera un tournant important dans l’œuvre opératique du compositeur italien, à cheval entre les histoires de grands conflits et celles des drames psychologiques. Sans être au sommet de son écriture, Verdi saisira tout de même plusieurs occasions dans cet opéra pour développer une ligne belcantiste comme peu de compositeurs sauront le faire.

Nocturnes pour double quintette à vent (création) – Simon Bourget
Originaire de l’Acadie, le corniste et compositeur Simon Bourget est diplômé de l’Université de Moncton (Baccalauréat), de l’Université McGill (Maîtrise, 2012) et de l’Université de Montréal (Diplôme d’Études Supérieures Spécialisé, 2013). Musicien actif sur la scène musicale canadienne, il se produit régulièrement auprès de divers ensembles réputés, tels que I Musici, les Violons du Roy, l’Orchestre Symphonique de Montréal et l’Orchestre Symphonique de la Nouvelle-Écosse, en plus d’occuper les postes de deuxième cor à l’Orchestre Métropolitain et de premier cor solo à l’Orchestre Symphonique de l’Estuaire et d’être membre fondateur du quatuor de cors Katcor.
Créée en septembre 2018 pour l’ensemble Pentaèdre, son œuvre pour double quintette Nocturnes cherche à illustrer la vie pleinement épanouie d’un protagoniste. L’atmosphère paisible et sombre évoquée par le motif rythmique ascendant blanche/noire/croche-croche dans le premier mouvement est reliée à une expérience personnelle du compositeur, alors qu’il admirait un coucher de soleil au bord d’un lac gelé, en pleine forêt. À la fois très léger et violent, le deuxième mouvement de l’œuvre explore l’excitation, parfois positive, parfois négative, dans la vie du personnage principal. L’ultime mouvement de l’œuvre fait quant à lui référence à un aboutissement – celui d’une relation, d’une carrière ou encore d’une vie. Cependant, plutôt que d’y voir une fin, Bourget aspire à un nouveau cycle, d’où son titre, Des étoiles à l’aube, tel une nouvelle journée qui commence, où tout redevient possible.

Quintette à cordes en mi bémol majeur, Op. 4 (1795-96) (arr. Mordechai Rechtman) – Ludwig van Beethoven (1770-1827)
Né à Bonn, où il reçoit son éducation musicale par son père, ténor, le jeune Ludwig van Beethoven tentera une première visite à Vienne, véritable centre musical au tournant du XIXe siècle, dans l’espoir de rencontrer et bénéficier de l’enseignement de Mozart. Un bref échange entre les deux musiciens aura lieu en 1787, mais malheureusement, les ennuis de santé de la mère du jeune Beethoven le forceront à repousser sa venue officielle à Vienne de cinq ans, en 1792.
Visiblement inspiré par les grands compositeurs allemands de son époque – Mozart et Haydn -, Beethoven composera de façon surprenante tardivement ses premières œuvres pour quatuor et quintette à cordes, un genre musical pourtant grandement associé à ses idoles, à l’âge de 28 ans. Le quintette à vent étant peu en vogue à l’époque, Beethoven s’inspirera pourtant de la harmoniemusik répandue à l’orchestre, qui inclut le hautbois, la clarinette, le cor et le basson, pour écrire son Octuor en mi bémol majeur Op. 103, édité de façon posthume en 1830. Celui-ci sera donc écrit pour deux hautbois, deux clarinettes, deux cors et deux bassons, avant d’être par la suite transcrit par le compositeur pour quintette à cordes, en 1795. Beethoven dépassera la simple transcription d’instruments en raffinant les lignes mélodiques, en enrichissant les dialogues entre les voix internes et en étoffant l’harmonie de façon générale – des révisions directement reliées au développement créatif dans l’écriture du compositeur à cette époque. Celle-ci est construite en quatre mouvements suivant chacun la forme sonate traditionnelle de l’époque classique où la mélancolie est omniprésente et dont les thèmes s’adapteront parfaitement aux vents – une transcription pour quintette à vent sans ne jamais dénaturer l’écriture du compositeur deviendra donc possible.

Mujeres Espanolas, série 2, Op 73 – Joaquin Turina Pérez (1882-1949)
Considéré comme l’un des plus grands compositeurs espagnols du XXe siècle avec Albéniz, Granados et de Falla, l’écriture du compositeur Joaquin Turina se distingue par ses couleurs et ses saveurs typiques d’Espagne, influencées par les racines musicales traditionnelles de son pays, souvent empreinte de pastiches clairs et stéréotypés de la musique espagnole. Originaire de Séville, le jeune Turina débutera une carrière de pianiste et de compositeur, avant de déménager à Madrid pour étudier le piano au Conservatoire. Puis, ses ambitions musicales le pousseront à s’établir quelques années à Paris, le temps d’étudier la composition avec Vincent d’Indy. Là-bas, il sera grandement inspiré par la musique française, en particulier par celle de Debussy. De retour à Madrid, il s’établira comme compositeur de renom, tout en jouissant d’une grande carrière de pianiste de concert. Il écrira de nombreuses œuvres pour orchestre, dont divers opéras et zarzuelas ainsi que de la musique de chambre. Cependant, la majorité de son catalogue sera composée d’œuvres pour piano solo.
C’est sur une période de plus de vingt ans que Turina composera ses trois cycles de miniatures pour piano solo – Mujeres de Sevilla (1908), Mujeres espanolas I (1917) et Mujeres espanolas II (1932). Chacune de ces suites sera composée de miniatures sonores, soit d’images, d’idées et d’histoires autours de femmes qui auront inspiré le compositeur. L’écriture musicale de son ultime suite pour piano s’inscrira dans la même veine que Mujeres espanolas I, à quelques détails près – l’influence française se fera moins sentir et les représentations des personnages décrits seront plus claires. Tout comme dans ses autres compositions, on y retrouvera des rythmes de flamenco (La gitana enamorada), des jeux rythmiques typiquement espagnols, ambivalents entre le 6/8 et 3/4 (La florista), une certaine inspiration debussyste (La senorita que baila) ainsi que l’influence de la musique traditionnelle de la région de Murcie (La murciana guapa). Dédiée au sculpteur Jacinto Higueras, l’œuvre sera publiée par Salabert en 1933, à Paris.

Ariane Brisson, flûtiste de Pentaèdre