Allemagne romantique

dimanche @ 3:30 am

Montréal, QC, Canada

Concert de résidence au Conservatoire
Avec Sandra Murray et Claire Ouellet au piano

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Venue Details

Address
Salle de concert du Conservatoire
4750 avenue Henri-Julien
Montréal, QC H2T 2C8
Canada

Artistes invitées : Sandra Murray et Claire Ouellet, pianos

Les musiciens de Pentaèdre auront le grand plaisir de se joindre aux pianistes Sandra Murray et Claire Ouellet, professeures au Conservatoire, dans deux monuments du répertoire allemand de musique de chambre pour instruments à vent, les sextuors de Ludwig Thuille et de Joseph Rheinberger.

George Stevenson : Les Machines de l’Île (première nord-américaine)
Ludwig Thuille (1861-1907) : Sextuor pour piano et instruments à vent, op. 6
Franz Schubert (1797-1828) : Fantaisie en fa mineur D.940
Josef Gabriel Rheinberger (1839-1901) : Sextuor pour piano et instruments à vent, op. 191B

Notes de programme:

Les Machines de l’Île (création) – George Stevenson (1987-…)

Bien implanté parmi la relève musicale du Royaume-Uni d’aujourd’hui, le pianiste et compositeur écossais George Stevenson est diplômé de la Guildhall School of Music and Drama de Londres et a poursuivi des études au Conservatoire de Moscou, sous la tutelle d’Alexander Tchaïkovski. Malgré sa jeunesse, Stevenson a collaboré auprès de nombreux ensembles ces dernières années, dont le Russian National Orchestra, le Brodick Quartet, le New Russia State Symphony Orchestra, et a travaillé avec plusieurs danseurs de ballet du Bolchoï. Plus récemment, en 2018, Stevenson a fait partie du programme Panufnik du London Symphonic Orchestra, écrivant pour l’ensemble une œuvre symphonique.

Sa pièce pour quintette à vent Les Machines de l’Île est une commande de Pentaèdre, œuvre qu’il décrit dans les lignes suivantes:

A strange universe of mechanical beats has been brought to life on the island of Nantes, known as Les Machines de l’Île. The elegant internal mechanisms of these mobile sculptures are clearly visible from the outside, writhing and whirring as they approach. In a similar way, the broad range of timbres in a wind quintet often seems to allow the internal mechanism of its music to be clearly discerned, while leaving the overall impact of the composition intact.

In the first of these three musical sketches of Les Machines, a carrousel of imagined marine creatures spins wildly (Le Carrousel des Mondes Marins). In the second, a giant elephant grinds into life, sprinkling onlookers through an enormous trunk as it glides part (Le Grand Éléphant). In the final sketch, a towering steel tree is inhabited by frenzied mechanical herons, transporting bundles of passengers between its branches (L’Arbre aux Hérons).

Sextuor pour vents et piano en sib majeur, Op. 6 (1886-88) – Ludwig Thuille (1861-1907)
Autrichien né à Bozen en Italie, l’organiste, pianiste, violoniste et compositeur Ludwig Thuille étudiera sous la tutelle de Rheinberger à la Hoschule für Musik une Theater München, d’où il graduera en 1882. Onze années plus tard, il y retournera, cette fois-ci en tant que professeur de composition, succédant Rheinberger. C’est lors d’un séjour à Innsbruck, en 1877, qu’il fera la connaissance du jeune Richard Strauss. De cette rencontre en émergera une grande et profonde amitié qui ne prendra fin qu’à la mort de Thuille, de nombreuses années plus tard. Bien qu’il demeurera toujours dans l’ombre de son grand ami, l’arrangement de Thuille pour piano à quatre mains du fameux poème symphonique Don Juan de son ami Strauss témoignera de son admiration et de sa reconnaissance.

Qualifié de « conservateur » par ses pairs, Thuille demeurera tout de même un compositeur prolifique. Son catalogue comprend notamment quelques opéras, treize chorals, des dizaines de lieder et quelques œuvres de jeunesse, dont un concerto pour piano et une symphonie. Cependant, sa pièce la plus connue demeure à ce jour son sextuor pour piano et vents, présenté lors de notre concert Allemagne Romantique. Réel chef-d’œuvre, les influences de Liszt, Wagner, Brahms et le susmentionné Rheinberger se font grandement sentir, tant dans son langage harmonique que dans l’arche des lignes mélodiques et des multiples textures qu’offre cette instrumentation riche.

Sextuor pour vents et piano en Fa Majeur, Op. 191b – Joseph Rheinberger (1839-1901)
Compositeur et pédagogue allemand, Joseph Rheinberger enseignera à la Hoschule für Musik une Theater München la composition, en plus de la théorie, le piano et l’orgue. Parmi ses élèves les plus célèbres figureront Thuille, Humperdinck, Wolf-Ferrari et Furtwängler. Rheinberger jouera un rôle majeur dans la musique de l’Église catholique germanique à son époque : en effet, son catalogue comporte de nombreuses messes et motets. Cependant, ses compositions s’étendront au-delà de la musique religieuse : le compositeur écrira de nombreux lieder, des symphonies, diverses ouvertures de concert, plusieurs opéras et des œuvres de musique de chambre.

À une époque de grands changements esthétiques dans le monde musical, Rheinberger définira lui-même son langage musical comme « classique », grandement influencé par les grands maîtres allemands Bach et Mozart. Son sextuor pour vents et piano n’y fera pas exception : bien que son langage harmonique soit à cheval entre celui des époques classiques et romantiques, la structure de son œuvre demeure très conventionnelle. Le premier mouvement, bâti sur un simple thème mélodique de noire pointée-croche présenté d’emblée par le basson, est de caractère plutôt lyrique et serein, tandis que dans le deuxième mouvement de l’œuvre nous fait entendre des harmonies et tessitures plus sombres de l’ensemble. Puis est utilisée dans le menuet, de forme ABA’, une texture plus aérienne de l’ensemble, avant de conclure le tout dans un dernier mouvement agité et tourmenté, se terminant par une coda des plus brillantes.

Fantaisie en fa mineur pour piano quatre mains D. 940 (1828) – Franz Schubert (1797-1828)
Viennois de naissance, le compositeur romantique Franz Schubert composera, en à peine deux décennies, un catalogue comprenant de nombreuses œuvres aussi variées que touchantes. Son talent indéniable pour la mélodie et le lyrisme transparaîtra tant à travers ses cycles de lieder – Die Winterreise et Die schöne Müllerin, pour ne nommer que ceux-ci – que ses nombreuses sonates, ses symphonies et ses œuvres pour piano. Malheureusement atteint d’une infection syphilitique, le compositeur mourra à l’âge d’à peine trente-et-un ans, nous léguant un catalogue rempli de chefs-d’œuvre.

Composant trente-deux œuvres originales pour le piano à quatre mains, soit plus que tout autre compositeur des deux derniers siècles, Schubert s’appropriera rapidement ce genre musical. Considérée comme œuvre phare dans le répertoire de ce genre, sa Fantaisie en fa mineur nous expose ici un Schubert assoiffé d’amitiés et de complicités musicales, tout comme l’étaient ses nombreux cycles de lieder, deux genres qui convenaient parfaitement lors de ses célèbres soirées intimes, les Schubertiades. Écrite à la toute fin de sa vie, elle est bâtie en quatre mouvements enchaînés où l’écriture à la fois résignée, passionnément amoureuse et tendre de Schubert se fait sentir. Dès les premières notes de l’œuvre, le compositeur nous fait entendre un thème des plus nostalgiques, dans une nuance pianissimo. Le « mouvement » central, en fa# mineur, est ponctué tour à tour de trilles rageurs et de mélodies dolce au ton majeur. Le scherzo qui suit, central dans cette Fantaisie, amène un bref apaisement, avant de laisser la musique reprendre son ton dramatique. Puis, alors au paroxysme de l’œuvre, un silence soudain nous coupe le souffle, avant de nous ramener au thème initial de l’œuvre, cette fois-ci, résigné.

Rédaction : Ariane Brisson